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MEMO SUR LA NOUVELLE CLASSE ÉCOLOGIQUE 

Bruno Latour, Nikolaj Schultz, Les empêcheurs de penser en rond, Editions La découverte 2022

En ce début 2022, nous sommes à la veille d’une élection présidentielle en France et malgré une prise de conscience de plus en plus forte par tous de ce que Bruno Latour appelle le Nouveau Régime Climatique et des dangers majeurs qu’il représente pour l’humanité, le discours politique écologique n’est pas audible. Alors, Bruno Latour, accompagné d’un de ses doctorants, se prend par la main et écrit un « mémo » à l’usage des membres des partis écologiques et leurs électeurs actuels et futurs en vue de  « donner à  l’expression politique de l’écologie une base beaucoup plus large que celle mobilisée jusqu’ici ».  

Autrement dit dans un petit texte de moins de 100 pages les auteurs essaient de répondre à la question « A quelles conditions l’écologie au lieu d’être un ensemble de mouvements parmi d’autres, pourrait-elle organiser la politique autour d’elle ? » 

Pour cela, il faut une inflexion décisive « c’est de donner la priorité au maintien des conditions d’habitabilité de la planète et non pas au développement de la production ».

Ensuite, les auteurs invitent tous ceux qui se retrouvent dans les idées du besoin « d’atterrir » et de construire les conditions d’habitabilité de la Terre à long terme, à constituer une « classe écologique » et à s’emparer des méthodes issues de la lutte des classes. Il faut ainsi que la « classe écologique » apprenne de l’histoire sociale comment gagner la lutte pour les idées avant de pouvoir concrétiser dans les élections.

Lucides sur le fait que l’émergence d’une classe écologique consciente et fière d’elle-même ne va pas de soi, les auteurs concluent toutefois par une note d’espoir. 

« A force de dresser la liste de tous les points qu’il va falloir travailler en commun pour faire advenir cette fameuse conscience de classe, on pourrait tirer la conclusion décourageante qu’il y a tant à changer, sur des sujets si divers, que la classe écologique n’a aucune chance de jamais rivaliser avec les actuelles classes dirigeantes. D’autant que le temps lui manque. Mais d’un autre côté, tout est probablement déjà joué puisqu’au fond d’eux même les gens ont bien compris qu’ils avaient changé de monde et qu’ils habitaient une autre terre. Comme le soulignait Paul Veyne, les grands bouleversements sont parfois aussi simples que le mouvement que fait un dormeur pour se retourner dans son lit ».