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ÉCOLOS, MAIS PAS TROP

Les classes sociales face à l’enjeu environnemental

Jean Baptiste Comby, Raisons d’agir Editions, 2026

C’est à une exploration de la manière dont les différentes classes sociales s’emparent (ou non) du sujet de l’écologie que nous invite le sociologue Jean Baptiste Comby. Son ouvrage est basé sur des enquêtes sociologiques menées entre 2012 et 2018, dans le cadre d’un projet de recherche financé par l’Agence Nationale de Recherche. Ces enquêtes permettent de bien se rendre compte   de « la concurrence spectaculaire entre les différents projets de société auxquels l’écologie donne désormais lieu ».

Pour analyser les enquêtes, l’auteur utilise un découpage sociologique basé sur les travaux de Pierre Bourdieu. Il distingue ainsi « sept fractions qui apparaissent pertinentes au regard des positionnements de leurs membres sur la question environnementale », classifiées selon leur niveau de capital (au sens bourdieusien) et le type de capital, culturel ou économique. On retrouve ainsi la bourgeoisie culturelle, la bourgeoisie économique, la petite bourgeoisie culturelle et la petite bourgeoisie économique, le pôle culturel des classes populaires stabilisées, le pôle économique des classes populaires stabilisées, et les classes populaires précarisées.

De ces enquêtes, 4 cas de figure se dégagent :

« Les voies conformistes de réussite sociale engendrent généralement une adhésion à l’écologie réformatrice » (les petits gestes, la croissance verte…). Ce sont principalement les classes bourgeoises qui veulent bien être « écolos, mais pas trop » et surtout ne pas remettre en cause le système capitaliste.

« Les chemins non conventionnels peuvent conduire vers l’écologie non capitaliste », mais ils représentent une fraction faible de la population ayant un capital culturel.

« Les déclassements génèrent souvent un rejet de l’écologie », c’est le cas des classes populaires qui, soumises à un déclassement social, ne se retrouvent pas dans l’écologie réformatrice portée par la bourgeoisie.

« Les intégrations instables et précaires ne permettent pas tellement de prendre part à l’une ou l’autre des écologies », autrement dit pour les plus pauvres (et le nombre augmente régulièrement) l’écologie n’est pas un sujet.

D’une manière générale, chacune des classes sociales a des « difficultés à écologiser leur manière d’être au monde du fait de leur attachement aux critères établis de la réussite sociale, du poids des routines et de l’inertie de leur quotidien ».

Malheureusement, dans aucun des cas étudiés, on ne voit émerger une force capable d’enrayer le désastre écologique en cours : « Dans chacune de ces configurations l’écologie échoue à être le moteur de la profonde transformation sociale dont elle a pourtant urgemment besoin ».

Pour l’auteur, l’action écologique est donc indissociable d’une action sociale : « Les protagonistes de l’écologie doivent donc urgemment reprendre la main sur les institutions du social, en menant une lutte pour le pouvoir de peser sur les mécanismes par lesquels, dans une société, les places se distribuent, les relations se tissent, les classes se (dé)forment et les désirs individuels comme les intérêts collectifs se forgent : autrement dit une lutte des classes ». Une conclusion qui rejoint le message de Bruno Latour et Nikolaj Schultz dans « Mémo sur une nouvelle classe écologique », à savoir qu’il faut « Établir un bloc majoritaire pour engager une lutte des classes ayant l’écologie comme levier et comme boussole ». Au vu de l’analyse de la situation présente que décrit Jean Baptiste Comby, ce n’est pas gagné, mais comme le disait Pierre Bourdieu « Ce que le monde social a fait, le monde social peut, armé de ce savoir sociologique, le défaire ».

Un ouvrage de sociologie dont les formulations sont parfois un peu complexes, mais dont les concepts sont heureusement éclairés par une vingtaine d’encadrés décrivant des cas concrets de chacune des classes sociologiques étudiées.  Pour découvrir ces concepts , il est aussi possible de regarder la conférence gesticulée de Anthony Pouliquen et Jean Baptiste Comby « L’écologie sans lutte des classes, c’est du gaspillage ».

Lien : https://www.youtube.com/watch?v=cpAY24KcGqw