Jean Wilfried DIEFENBACHER, Éditions Hermann, 2025
« Pendant que Pékin créait des champions nationaux intégrés, investissait massivement dans le contrôle des ressources africaines, sud-américaines et asiatiques et organisait ses filières avec une précision chirurgicale, l’Union européenne divisée et engoncée dans une lecture naïve du libre-échange s’est contentée d’acheter ce qu’elle ne produisait plus avec, en outre, un capitalisme à court terme qui a favorisé des rendements immédiats, au détriment d’une réelle chaîne de production« . Tel est le constat un peu brutal, mais qui correspond malheureusement bien à la réalité, que fait Jean Wilfried Diefenbacher à propos de l’ensemble des industries dont les métaux rares sont « les vitamines », celles nécessaires à l’électrification de nos modes de vie : batteries, voitures électriques, panneaux photovoltaïques, éoliennes…
Jean Wilfried Diefenbacher est banquier d’affaires. Une bonne partie de son ouvrage est donc consacré aux aspects industriels et financiers de ce qu’il appelle « la guerre du métal » .
Toutefois il commence par une présentation simple et pédagogique de ce que sont les métaux, les métaux rares, les métaux critiques. Il enchaîne par une indispensable approche géopolitique des métaux dont les réserves ne sont pas réparties de manière homogène. Pour le dire simplement, l’Europe n’a pratiquement pas de ressources minières. Et même s’il y a une dynamique de réouverture de mines, l’objectif 2030 de l’Europe n’est que de 10% de sa consommation de métaux issu des réserves de son sous sol (et cet objectif est extrêmement ambitieux au vu de la réalité d’aujourd’hui). Ce qui est plus grave, c’est que l’Europe a abandonné son expertise de transformation des métaux et les États-Unis ne font pas mieux. « La Chine maîtrise aujourd’hui l’intégralité de la chaîne de valeur des métaux les plus stratégiques au monde« .
On est donc bien rentré dans une période de guerre du métal : « Le monde découvre dans une ambiance de rivalité systémique que les métaux rares sont les nouvelles armes silencieuses du 21e siècle… Les métaux ne sont plus simplement des ressources naturelles mais des instruments de puissance, d’influence et parfois de coercition« .
Logiquement, on ne peut que constater qu' »aujourd’hui la transition électrique décarbonée de l’Europe et de la France se réalise en Asie« . L’auteur consacre un chapitre aux tentatives des gouvernements européens pour rapatrier les chaînes de valeur en Europe, avec des succès mitigés comme l’illustre l’échec de Northvolt. « Dans le domaine des technologies décarbonées l’Occident accumule les retards non pas faute de compétences ou de technologies mais faute de coordination stratégique« . Il plaide donc pour une alliance renouvelée entre l’État et le secteur privé pour gagner la guerre du métal et réussir notre transition électrique. L’État doit assumer un rôle de coordinateur et de catalyseur. « Le temps a montré que lorsque la puissance publique assume un rôle d’architecte industriel, il en résulte souvent un bénéfice partagé« . Et les acteurs privés doivent sortir d’une vision court terme : « Les logiques financières du passé fondées sur des retours rapides, des arbitrages permanents et une aversion au risque industriel ne sont plus adaptés à l’économie de la transition écologique« .
Cet essai illustre parfaitement les limites de la vision du néo libéralisme qui ne jure que par les marchés dont on sait depuis longtemps qu’ils sont incapables d’une vision à long terme.
Et les limites d’un capitalisme financier qui oublie la base matérielle sur laquelle est construite l’économie (et en particulier les métaux).
Un essai très synthétique tout en étant bien documenté. Le co-auteur que je suis du livre « Quel futur pour les métaux » a apprécié la partie technique qui bien que très résumée est très claire et précise.