Qui veut la peau de l’écologie ?
Sous la direction de Laure Teulières, Steve Hagimont, Jean-Michel Hupé, Éditions du seuil 2025
Après une période où les enjeux écologiques semblaient progressivement prendre de l’importance dans les stratégies politiques, on constate un « retour de bâton » très clair. « Ce livre est né du sentiment que quelque chose est en train de se produire qui n’est pas qu’un backlash anti-écologique supplémentaire… Une dynamique semble enclenchée dans laquelle basculements politiques, sociaux et géopolitiques majeurs se combinent avec des bouleversements écologiques et climatiques irréversibles pour se renforcer mutuellement ». C’est cette dynamique qu’analysent les 40 auteurs sous forme de 26 petits chapitres qui s’intéressent aux différentes formes de backlash dans le monde, aux éléments de langage qui visent à discréditer l’écologie et aux stratégies des différentes institutions.
L’ouvrage commence par une introduction qui pose un certain nombre de constats :
« Les démocraties sont coincées entre d’un côté un consensus productiviste sur lequel s’appuient les mécanismes de redistribution qui permettent la stabilité sociale et de l’autre la reconnaissance progressive de limites écologiques, climatiques et matérielles qui appellent au contraire à une urgence d’auto limitation de la production et de la consommation.
« Alors que la consommation et le fait de gagner de l’argent se sont imposés comme des aspirations centrales dans le monde entier, le modèle autoritaire qui prétend garantir ces « libertés » au prix de la démocratie peut apparaître désirable à une partie de la population ».
L’analyse se déroule ensuite dans 26 chapitres indépendants écrits par des auteurs différents, organisés en 3 grandes parties.
La première partie propose une sorte de tour du monde du Greenbacklash « pour saisir la variété de ces matrices idéologiques et de ces manifestations territoriales ». On va ainsi aux États-Unis avec ses marchands du doute, en Amérique latine avec Bolsonaro et Milei, en Europe (comment la commission européenne détricote le pacte vert), dans les pays soumis à l’extractivisme…
La 2ème partie s’intéresse aux éléments de langage et aux présentations qui visent à discréditer l’écologie : « les écolos sont catastrophistes, on n’arrête pas le progrès, l’écologie c’est pour les bobos, le bio ne nourrira pas le monde… ».
La 3ème partie s’intéresse aux institutions du greenbacklash, « ces lieux où il se forge et s’effectue concrètement : entreprises, lobby agro industriels, forces de l’ordre, droits médias et autres réseaux d’acteurs qui visent à se défaire de l’écologie ».
Un ouvrage très riche de regards croisés qui illustre bien que « Le Green Backlash est le fait de toutes celles et de tous ceux qui ont énormément à perdre matériellement et symboliquement face au progressisme socio-écologique, ainsi que celles et ceux – la majorité de la population – à qui on fait croire qu’ils et elles auront davantage à perdre qu’à gagner ».