Melusine Boon-Falleur, Editions JC Lattès, 2026
« Aujourd’hui plus de 3 personnes sur 4 dans le monde se déclarent concernées par les impacts du changement climatique… Toutefois cette connaissance du problème ne se traduit pas en action concrète ». C’est ce questionnement qui a amené Mélusine Boon-Falleur, après une première expérience aux États-Unis dans un fonds d’investissement dans le pétrole et le gaz, à se lancer dans une thèse en sciences cognitives à l’école normale supérieure. Au cours de sa thèse, elle a travaillé sur l’écologie comportementale, une approche intégrée des déterminants du comportement. « Ce qui explique l’inaction écologique n’est pas seulement la paresse ou l’impulsivité des gens, c’est aussi l’ensemble des obstacles qu’ils rencontrent dans leur quotidien ». Dans cet ouvrage très pédagogique, elle nous partage les avancées des sciences cognitives tant dans l’identification des freins à l’action que dans les solutions à mettre en place.
Cela fait plus de 50 ans que l’information sur le changement climatique et plus globalement sur les impacts écologiques de l’activité humaine sont connus. Et pourtant…
Il faut donc informer : « Informer efficacement c’est bien plus que transmettre des faits. C’est structurer le message pour qu’il soit compréhensible, pertinent et mémorisable. Rendre visible les liens de cause à effet, lutter contre les fausses intuitions et donner les clés pour agir. Enfin il s’agit de favoriser l’interaction afin d’engager un véritable dialogue, seul moyen de faire évoluer les perceptions et les comportements ».
Pour attirer l’attention et susciter une réaction, il faut parler du danger. Le deuxième chapitre donne des pistes pour rendre un danger palpable et préoccupant (proche dans l’espace, directement lié au quotidien des gens…). Mais il faut aussi donner de l’espoir en montrant que l’action finit par porter ou mettre l’accent sur des cobénéfices immédiat de l’action, comme le gain financier.
« Pour certains, les changements sont aux antipodes de leur mode de vie et de leurs valeurs… Comment faire pour que ces personnes ne rejettent pas en bloc la transition ? ». C’est l’objet du chapitre suivant qui donne des outils pour mener « la bataille idéologique » contre le climato-scepticisme qui a « été créé en grande partie par l’industrie fossile et leur machine du doute ». Il faut s’appuyer sur le processus de « vigilance épistémique » dont nous disposons tous pour rechercher la vérité. Il faut aussi de la « concordance motivationnelle », c’est à dire adapter son discours aux valeurs de son interlocuteur. Il faut aussi atténuer les réflexes tribaux : dans ce contexte, le bon messager n’est pas forcément le plus compétent s’il est identifié comme faisant partie d’une autre tribu. Enfin , il faut éviter la culpabilisation.
L’écologie doit pouvoir s’intégrer dans le quotidien des individus : la transition écologique doit devenir simple (ce qui n’est pas toujours le cas comme l’illustre le programme « MaPrimeRenov), le choix par défaut doit être écologique, il faut profiter de toutes les opportunités de casser les habitudes…
Restent deux sujets majeurs du comportement humain. D’abord la compétition et la recherche de distinction (au sens de Pierre Bourdieu) qui fait que « la logique de surenchère et de cascades de dépenses existent dans toutes les sociétés modernes ». Comme l’ont fait d’autres avant elle (cf. : « comment les riches détruisent la planète » d’Hervé Kempf), la solution n’est pas uniquement dans le comportement individuel. « Pour réduire la consommation ostentatoire il faut s’attaquer à l’une des causes premières – les inégalités sociales ».
Du côté positif, l’humain a une capacité naturelle à coopérer, y compris dans les moments tragiques comme l’attentat du Bataclan. Toutefois cette coopération ne doit pas être à sens unique « au-delà de la réciprocité et de la visibilité des actions, il faut un autre ingrédient essentiel pour que la coopération réussisse : l’équité ».
En conclusion l’auteur donne quelques pistes concrètes individuelles, tout en soulignant que le changement ne pourra advenir sans un désir collectif de changement. « Pour reprendre la question du départ, pourquoi l’humanité court droit dans le mur les yeux grands ouverts ? Parce que le système socio-économique actuel la pousse à aller droit dans ce mur. Comment faire pour corriger le tir ? En modifiant les règles du jeu pour qu’un système écologique puisse remplacer un système polluant. Et donc en convaincant le plus de personnes possibles qu’il faut changer leur mode de consommation, mais aussi leur façon de travailler, leur façon de voter, de se mobiliser, pour abandonner le système actuel et construire une nouvelle machine sociale qui assure de bonnes conditions de vie pour le plus grand nombre ». S’il reprend des éléments déjà largement étudiés par d’autres, le grand mérite de l’ouvrage de Mélusine Boon-Falleur est de les présenter de manière très pédagogique avec une écriture très fluide.