David Blanchon, Éditions Le cavalier bleu, 2024
« L’eau est devenue un enjeu géopolitique de sécurité primordial au cours du 21e siècle. Il semble acquis que la demande en eau augmentera et que les ressources seront fragilisées par le changement climatique« . Il y aura donc bien des crises de l’eau, mais elles ne conduiront pas forcément à des conflits et pourront déboucher sur des coopérations comme c’est déjà le cas. « Il est peu probable que les guerres de l’eau soient courantes au 21e siècle. Pour autant l’eau restera une source de rivalité majeure et ce à différentes échelles« . Tel est en substance le message de David Blanchon, Professeur de Géographie dans ce petit ouvrage très pédagogique de 130 pages.
Notons tout de suite que vu son format réduit cet ouvrage ne peut pas approfondir tous les concepts. Pour cela il est très utile de pouvoir disposer en parallèle de l’Atlas Mondial de l’Eau préparé par le même auteur où l’on retrouve détaillés et illustrées graphiquement beaucoup des idées.
C’est le cas pour les définitions de ce qu’est la ressource en eau, pour les indicateurs utilisés pour comprendre la pénurie, sur l’impact du changement climatique
Pour nous aider à comprendre la manière dont les enjeux de l’eau rejoignent les autres enjeux, l’auteur nous fait découvrir les notions de nexus et de cycle hydrosocial. Le mot nexus fait référence à des relations « inextricables » entre différents sujets. On parle ainsi du nexus « eau – énergie – alimentation », du nexus « eau – assainissement – santé » ou du nexus « eau – climat – environnement » pour bien marquer l’aspect systémique et le fait que les sujets sont indissociables.
Le terme « cycle hydrosocial » traduit le fait que « la société et l’eau sont dans une relation dialectique, et lorsque l’on modifie la gestion de l’eau c’est toute la société qui est transformée et vice versa« .
Une fois ces bases posées, l’auteur balaye les grands sujets géopolitiques autour de l’eau à commencer par les ressources qui traversent les frontières que ce soit les grands fleuves ou les aquifères transfrontaliers. « Il se trouve de petits bassins avec de complexes d’enjeux géopolitiques, alors que des très grands bassins sont relativement paisibles, l’Amazone étant le cas le plus marquant« . Chaque cas doit donc être analysé en fonction du « risque hydropolitique » qu’il représente et de la manière dont certains pays peuvent exercer leur « puissance hydro-hégémonique » et contrôler la ressource pour les pays en aval en mettant à risque « leur sécurité hydrique« .
L’auteur illustre ensuite ces concepts à travers l’exemple des grandes puissances : États Unis et sa main mise sur le Colorado ou création de la Tennessee Valley Authority, Chine et son contrôle de toutes les eaux qui descendent des hauts plateaux du Tibet.
Il nous emmène ensuite au Proche et Moyen Orient ou « si on se bat parfois pour l’eau, on se bat le plus souvent avec l’eau utilisée comme moyen… et qui pourrait devenir un excellent facteur de coopération« . Et pour finir en Afrique Australe ou « l’eau coule vers l’argent et le pouvoir« .
Au terme de ce rapide tour des grands enjeux géopolitiques autour de l’eau, David Blanchon conclut avec trois scénarios pour 2050 et nous partage sa conviction qu’une « nouvelle culture de l’eau » reposera sur trois piliers : la diversité, la progressivité et la solidarité.
Un petit livre qui résume bien les enjeux, avec des exemples pertinents, mais où l’on sent que le format imposé de 130 pages n’a pas permis à l’auteur de développer ses idées complètement. C’est toutefois une excellente introduction au sujet.