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RALENTIR OU PÉRIR

Timothée Parrique,

Editions du Seuil, 2022


Timothée Parrique, d’origine française, est aujourd’hui chercheur en économie écologique à l’Université de Lund, en Suède. Son ouvrage « Ralentir ou périr » est une déclinaison grand public de sa thèse de 2019 sur l’économie de la décroissance. Dans un style très pédagogique et percutant, il défend l’argument « que la croissance n’est pas une fatalité, mais un choix ». Et ce choix s’avère aujourd’hui tout à fait contreproductif, car, nous dit-il, « Ne faisons pas de détour : l'économie est devenu une arme de destruction massive »
L’auteur articule son essai autour de 3 temps : « Comprendre en quoi le modèle économique de la croissance est une impasse (le rejet), dessiner une économie de la post croissance (le projet) et concevoir la décroissance comme transition pour y parvenir ».

Pour commencer à décrire l’impasse dans laquelle nous mène la croissance, l’auteur commence par un chapitre sur le PIB, ce « thermomètre rustique des années 30 » qui s’est vu érigé en modèle de civilisation. Et comme beaucoup avant lui, il ne peut que conclure que « L’absurdité de la situation ne manquera pas de consterner les générations futures, qui se demanderont à bon droit comment nous en sommes venus à organiser la société autour d'un unique indicateur monétaire, de la même manière que nous nous moquons aujourd'hui de ces tribus qui faisaient des sacrifices pour influencer la météo ».

Le second sujet auquel s’attaque l’auteur, c’est « l’impossible découplage ». En effet, le rêve des tenants de la croissance verte, c’est de pouvoir dissocier « la croissance du PIB (la variable économique) et les pressions environnementales (la variable écologique) ». Malheureusement, l’évidence scientifique est là : « l’impression d’un découplage significatif du PIB et de la charge écologique est une illusion ». Et l’auteur nous en détaille les raisons dans un chapitre.S’il y a des limites écologiques à la croissance, il y a aussi des limites sociales. «Derrière chaque produit se cache une infrastructure sociale dont le rôle est déterminant ». La croissance s’appuie sur cette infrastructure sociale, s’appropriant parfois de manière monétarisée une valeur déjà existante. « Dans une économie où l'on marchandise le service de la garde des enfants, la croissance économique des crèches commerciales se fera aux dépens d'une récession sociale des crèches autogérées. Dit autrement, le coût d'opportunité du développement d'un marché de la garde d'enfants sera le non-développement d'une potentielle alternative non marchande ». Comme pour les limites écologiques, il y a donc des limites sociales (ne serait-ce que le temps disponible des humains ) dont l’économie marchande ne peut pas s’affranchir. Et à trop vouloir marchandiser, il y un risque fort de dégrader le tissu social.
« Eradiquer la pauvreté, réduire les inégalités, diminuer le chômage, financer les budgets publics ou encore améliorer la qualité de vie », telles sont les promesses que font les tenants de la croissance. Un chapitre est consacré à nous montrer chiffres à l’appui que ces promesses sont loin d’être tenues et qu’en fait, tenir ces promesses ne dépend pas de la croissance.

Après avoir déconstruit le modèle économique de la croissance, Timothée Parrique nous livre une petite histoire de la pensée de la décroissance depuis 1970. Il nous décrit ensuite un chemin de transition pour mettre l’économie en décroissance : réduction de la production et de la consommation, allégement de l’empreinte écologique, planification démocratique, justice sociale, souci du bienêtre.
Le chapitre suivant nous décrit ce que pourrait être une société post croissance. « Une économie stationnaire en relation harmonieuse avec la nature ou les décisions sont prises ensembles et ou les richesses sont équitablement partagées afin de pouvoir prospérer sans croissance ». 

Et avant de conclure, l’auteur analyse (et répond) à 12 critiques habituelles de l’utilisation du mot décroissance : repoussoir, douloureuse, inefficace, appauvrissante, égoïste, austérité, capitaliste, anti- innovation, anti-entreprise, contre nature, inacceptable, totalitaire. Une synthèse très pédagogique, très bien documentée et très convaincante sur les limites de la croissance et le besoin de ralentir. Les descriptions de la société post croissance et de la transition à effectuer mériteraient d’être approfondies.