Frédéric Spinhirny et Nathanaël Wallenhorst, Éditions Le pommier, 2023
C’est un petit manifeste de 60 pages, écrit à l’attention des jeunes adultes, que nous proposent Frédéric Spinhirny, philosophe de formation et directeur d’hôpital, et Nathanaël Wallenhorst, professeur à l’Université Catholique de l’Ouest : leur thèse est que, si nous voulons sérieusement et radicalement changer le monde, nous avons impérativement besoin d’être au contact avec des enfants. « Ce n’est pas de démographie que nous souhaitons nous entretenir avec vous, mais de combat, d’élan, d’énergie ou encore de désir. Notre monde est à transformer, le Terre est à régénérer. Pour cela nous avons besoin de savoir et d’apprendre, nous avons besoin de nous engager et de lutter. Nous avons besoin de rêver et de regarder au loin. Or ce sont des enfants qui nous viennent cette force et dynamique. Sans eux, pas d’avenir, pas de désir ».
Le texte du manifeste rappelle la situation actuelle « Le chaos climatique avance au galop » selon les mots d’Antonio Gutteres, secrétaire général de l’ONU. « L’écart entre ceux qui ont beaucoup trop et ceux qui n’ont pas assez est injuste et insupportable ». « Face à cet avenir qui s’assombrit vous ne voulez pas exposer de nouveaux êtres à des conditions de vie intenables ».
Les auteurs déploient ensuite une série d’arguments à destination de ceux qui sont tentés de ne pas avoir d’enfants :
- Ce n’est pas l’augmentation de la population mondiale qui est problématique, mais l’augmentation non maîtrisée de notre insatiable désir de consommer toujours plus.
- Limiter le nombre d’enfants n’est pas écologiquement très efficace. La responsabilité des enfants à venir sur les problématiques écologiques n’est pas établie.
- Ne pas avoir d’enfants, c’est renforcer l’individualisme et à terme renoncer à la politique « Cela signifie que nous laissons le pouvoir économique définitivement prendre le dessus »
- Ne pas faire des enfants, pour éviter d’ajouter des consommateurs à un monde déjà en surconsommation, c’est renoncer à lutter contre un capitalisme destructeur : « Plutôt que d’essayer d’éroder encore un peu plus notre lien au vivant, il nous paraît plus pertinent de remettre en cause des contraintes économiques et sociales artificielles que nous avons bâties depuis près de 2 siècles et qui ont produit ce monde invivable ».
- Ne plus faire d’enfants, n’est-ce par renoncer à l’hétéronomie, à l’altérité…
- S’il n’y a plus d’enfants, il n’y a plus d’espoir : « Sans la perspective de voir naître des enfants, à quoi bon améliorer constamment notre manière d’habiter cette terre ? »
- « Existe-t-il d’autres événements aussi puissants qu’une naissance pour apporter du neuf au cœur de la société ? »
Et les auteurs de conclure : « Faire des gosses aujourd’hui, cela peut revenir au fond à engager un combat en faveur d’un monde plus humain et juste, plus hospitalier, plus durable. Un combat contre le capitalisme rentier et spéculatif qui se nourrit de vies humaines. Un combat contre la mort … Accueillir des enfants, c’est tenter de préserver l’hospitalité du monde ».
Un essai tonifiant qui ne devrait pas être lu que par des vieux comme moi qui ont beaucoup d’enfants et de petits enfants mais par tous les jeunes en âge de procréer.