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SECOND MANIFESTE CONVIVIALISTE

SECOND MANIFESTE CONVIVIALISTE
Pour un monde post-néolibéral
Actes Sud, 2020

En 2013, une soixantaine d’intellectuels publiaient une première version du manifeste du convivialisme . Sept an après, ce sont 300 personnalités de 33 pays qui signent cette version enrichie du manifeste avec une volonté forte : « élaborer une pensée et une intelligibilité du monde alternatives à celles que le néolibéralisme a su imposer à toute la planète » .

Le constat est toujours le même : « Jamais nous n’avons eu autant de raisons de croire au progrès, mais jamais non plus l’humanité n’a eu autant de bonnes raisons de redouter des catastrophes qui pourraient mettre en jeu sa survie même ». Cette situation paradoxale, l’humanité la doit à son impuissance à « résoudre son problème essentiel : comment gérer la rivalité et la violence entre les êtres humains ? Comment les inciter à coopérer en donnant le meilleur d’eux même tout en leur permettant de s’opposer sans se massacrer ». Autrement dit comment résister à l’illimitation du désir de pouvoir, à ce que les Grecs appelaient l’hubris.

Pour les 300 signataires, il n’y a pas de solution toute faite, mais il y a une direction dans laquelle chercher, c’est le convivialisme. Le convivialisme, ce n’est pas une nouvelle doctrine : c’est plutôt la quintessence de tout ce qui dans les doctrines et sagesses existant de par le monde permet « aux êtres humains à la fois de rivaliser pour mieux coopérer et de progresser en humanité dans la pleine conscience de la finitude des ressources naturelles et dans le souci partagé du soin du monde ». C’est en quelque sorte l’art de vivre ensemble.

Le convivialisme s’appuie sur 5 principes :

– Principe de commune naturalité : les humains ne vivent pas en extériorité par rapport à une Nature dont ils devraient se rendre « maîtres et possesseurs ». Ils ont la responsabilité d’en prendre soin pour ne pas mettre en péril leur survie éthique et physique.

– Principe de commune humanité : par-delà les différences de couleur de peau, de nationalité, de langue, de culture, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle, il n’y a qu’une seule humanité, qui doit être respectée en la personne de chacun de ses membres.

– Principe de commune socialité : les êtres humains sont des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est la richesse de leurs rapports sociaux.

– Principe de légitime individuation : dans le respect de ces trois premiers principes, la politique légitime est celle qui permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière en devenir, en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres.

– Principe d’opposition créatrice : parce que chacun a vocation à manifester son individualité singulière il est naturel que les humains puissent s’opposer. Mais il ne leur est légitime de le faire qu’aussi longtemps que cela ne met pas en danger le cadre de commune naturalité, de commune humanité et de commune socialité qui rend cette rivalité féconde et non destructrice.

« À ces 5 principes, les traversant tous, se rajoute un impératif « catégorique » : la maîtrise de l’hubris ». Pour que rivalité et émulation servent au bien commun, il est impératif qu’elles échappent au désir de toute puissance, à la démesure, à l’hubris.

Une fois ces principes posés, et même s’ils considèrent que ce n’est pas leur rôle de traduire ces principes en une démarche politique, les intellectuels signataires du manifeste donnent quelques pistes sur le chemin du convivialisme.

Il faut sortir de la norme sociale actuellement dominante, portée par l’idéologie néolibérale qui repose sur « l’appât du gain, le culte du moi et l’indifférence au sort des autres », et travailler à la réduction des inégalités et plus de justice, à la responsabilité écologique , à « la post croissance et démarchandisation », à la « déglobalisation » , à « maîtriser l’hubris des technosciences ». Il faut aussi maîtriser l’hubris économique : « les dérives rentières et spéculatives de l’économie financière qui sont la principale cause de la démesure capitaliste actuelle »

Ce n’est qu’à ces conditions que pourra se revivifier une démocratie actuellement fortement mise en danger à la fois par l’apparition de plus en plus de « démocraties dites illibérales » ou « démocratures », et par le désintérêt des jeunes qui ne croient plus au fonctionnement démocratique qui leur est proposé.

Un petit texte très riche qui montre la voie pour mieux vivre ensemble dans un monde aux ressources finies. Mais comme le soulignent les auteurs en conclusion, l’enjeu est considérable et il va falloir innover fortement tant politiquement qu’économiquement.